24 juillet 2024

TUNISIE : Instabilité du secteur santé suite aux mauvaises conditions de travail.

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A la fin de leurs études,  80% des jeunes diplômés partent à l’étranger en quête de meilleures conditions de travail, comme la majorité des médecins tunisiens.

Les jeunes diplômés s’exilent principalement vers la France, l’Allemagne ou les pays Du Golfe. D’après le président sortant du Conseil de l’ordre des médecins tirant la sonnette d’alarme sur le vieillissement des médecins dans les services publics, Slim Ben Salah explique que les jeunes diplômés sont tellement dégoûtés parce qu’ils se retrouvent marginalisés par les autorités après 10 ans d’études. Dans ses propos, il affirme que l’Etat n’a rien fait pour ses jeunes diplômés et pour les médecins en fonction dans le pays. Il affirme par la suite vouloir partir à l’étranger pour une meilleure condition de travail.

Abdelwaheb Mghirbi, 35 ans, urgentiste dans un hôpital public à Tunis. Marié depuis cinq ans, il se prive d'avoir des enfants, estimant ne pas avoir les moyens d'assumer cette responsabilité. "Le plus grand problème ici est le côté matériel, nos salaires sont humiliants", estime-t-il.

Chaque année la Tunisie forme 200 médecins où les compétences sont reconnues à l’international. Les infrastructures et les matériels utilisés durant la formation sont dégradés. Les médicaments manquent et les effectifs sont parfois insuffisants, tout cela résulte d’une mauvaise gestion et de la corruption.

En Tunisie, un médecin interne touche 1200 dinars équivalents à 365 euros par mois. C’est la moitié du budget minimum nécessaire à une famille avec deux adultes et deux enfants pour vivre « dignement » selon une étude menée par les ONG et un institut de recherche.

Abdelwaheb Mghirbi affirme que c’est révoltant et inacceptable d’autant plus qu’ils sont obligés de faire des heures supplémentaires en raison du manque d’effectifs dans des hôpitaux encombrés.

Le budget de l’Etat Tunisien pour le secteur santé ne représente que 6% du budget de l’Etat. Aussi, les dirigeants ne peuvent pas s’entendre sur un plan de réforme réclamé par les bailleurs internationaux et les querelles politiques, les tensions sociales ainsi que les difficultés économiques participent au climat « étouffant » du pays affirment le médecin.

Cet exode de compétences touche tous types de médecins et cadre paramédicaux d’après une étude publiée en 2020 par un jeune doctorant en médecine.  D’après les résultats de ses études, la Tunisie « profite gratuitement alors d’un capital humain très qualifié ». 

Le directeur général de la Santé, Fayçal Ben Salah reconnaît les failles du système de santé Tunisien et dévoile que le coût total de formation d’un médecin est à plus de 150 000 dinars ou 46 000 euros ce qui est exorbitant pour l’Etat. Il affirme ainsi par la suite que l'émigration des cerveaux peut être considérée comme une "exportation des services, mais il faut que cela soit contrôlé pour que l'Etat et le peuple s'y retrouvent."

Harinjato.R

©Crédit Photo : Kapitalis